*lys*

Tout ce que je fais avec mes deux mains gauches...

27 novembre 2012

"Parlez-moi de vore travail..."

 

 

 

Quand je ferme les yeux je vois des verres. Et dans la torpeur de mes insomnies nocturnes, je me regarde servir des bières à des clients imaginaires. Mes doigts sentent le café, mes cheveux le rôti de veau. Je travaille le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi, et le vendredi. Nous n’avons pas de tenue réglementaire. Heureusement. Je suis payé le 26 du mois. Suivant. Je connais par cœur le prix, d’un menu et un café, de trois cocas en terrasse et de quatre bières blanches. J’appelle mes clients par le nom de leur boisson préférée. « Café et café allongé », « monsieur Brouilly » et « le mec pinte citron ». Je sers à boire. Voilà mon travail. Un perroquet est un pastis avec de la menthe, une tomate est un pastis avec de la grenadine, une mauresque est un pastis avec de l’orgeat. Chaque jour, je joue à être aimable, disponible et de bonne humeur. Je joue. Voilà mon travail. Le client pense qu’on lui appartient. Ayez un amoureux et il vous regardera avec des yeux étonnés. Comme si cette folie ne faisait pas partie du contrat. Le client n’a pas peur de vous demander si vos seins sont des vrais, si vous dormez nue et de vous traiter de « misérable serveuse ». Vous êtes un mystère pour lui. Un concept. Un client élégant peut devenir très inconvenant après avoir vidé quelques verres. Je plie la terrasse à 23h. Je fais des piles de quatre avec les chaises, je glisse ma main gauche sous la première, ma main droite sous la dernière et soulève le tout sur mon dos. Je transporte les tables deux par deux. L’été  il peut y avoir jusqu’à 35 tables à ranger en terrasse. Et le double de chaise.

A partir de quand arrête t-on de grandir pour vieillir ?

 

 

 

Posté par _lys_ à 01:08 - Ecrits avec les coudes. - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    J'aime cette description et la chute qui ramène doucement à la réalité

    Posté par Harry, 28 décembre 2012 à 01:42

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