*lys*

Tout ce que je fais avec mes deux mains gauches...

03 novembre 2009

I'm your man.

Il roule sa clope dans l'ombre. Un rai de lumière lui balafre le visage. Le tabac sec. Les ongles gris. Elle le regarde. Les yeux verts et la tendresse des moments passés ensemble. Tous ces moments... La brise s'agite. Les vagues giflent les brises-lames. Le port est désert. Hiver rugueux dont personne ne veut. Il tire la langue, lèche le papier qui fond sous l'humidité. Elle regarde au loin. Bien plus loin. Assise, les bras autour de ses jambes, le menton sur les genoux, et des paquets de cheveux noirs dansant dans la nuit. La bougie de la lampe tempête. Le briquet qui claque. Il fume. Des images de rivages plein la tête. Il fume, et la vapeur de ses bouffées tisse des paysages dans sa tignasse à elle. Elle compte ses doigts. Gratte son jean. Il lui dit ain't no cure for love de sa voix rauque elle lui répond everybody knows. La pointe rouge de son brasier dessine un phare dans le noir. Elle le reconnaît. Baisse les yeux sur ses ongles rouges. Ecaille le vernis mal mis. Sourit. Le temps surpris s'arrête. Il fredonne la bouche fermé, le tabac dans les poumons. Elle se souvient: sa main sur sa main. L'alcool aidant. Quinze ans. Leurs pieds nus sur le lit. Ses paumes au creux de ses reins. Leurs nez l'un contre l'autre. Léonard Cohen à l'infini et ce slow ridicule. Il sourit lui aussi. If you want a lover I'll do anything you ask me to and if you want another kind of love I'll wear a mask for you. If you want a partner take my hand or if you want to strike me down in anger here I stand I'm your man.

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28 octobre 2009

Décue.

La forêt. De longs arbres fins peints au couteau. Du vert très foncé, presque caca d'oie. Et puis ce chêne rouge moucheté d'or. La brume qui se détache de la terre un matin d'automne. Les arbres silencieux. Le sol qui craque. Mais toi. Toi tu as perdu la vraie valeur des choses. La sincérité. Le courage. La tendresse. Tu les as oublié. Notions abstraites démodées. La beauté d'un arbre ne t'émeut plus. L'apaisement du temps arrêté qu'est ce que c'est. Toi. Toi tu dis non ma copine je ne la tromperais jamais, mais tu ne cherches que ça. Tu attends. Et plus si affinité. Tu attends. Et tu te laisses embrasser. Déshabiller. Démystifier. Tu t'abandonnes dans les bras de l'inconnu, du secret, du mensonge. Tu mens. A tes amis tu mens. A ta famille tu mens. A ton amoureuse tu mens. Effrontément tu mens. Tu te persuades toi-même. Tu te biaises. T'emberlificotes. Et moi, j'ai envie de vomir. Je regarde les arbres et j'ai la nausée. Depuis deux jours j'ai la nausée. Je te revois avec les yeux doux de la promesse, avec l'honnêteté dans la voix, avec des points fermés au bout des phrases et des choses pour ne pas montrer que tu triches. Et moi je me saoule de bord de mer et de balade le long des vagues qui lèchent les falaises. Moi j'écarte mes doigts au bout de mes bras pour sentir le vent s'engouffrer à travers moi. Moi je dis des choses que je fais. Je mets des points quand je suis sûre. Je ne mens pas à mes amis. Je ne regarde pas droit dans les yeux en disant je te jure. Ou je ne dis rien. Et je pense à la jungle sauvage, aux paysages grattés à la craie. Je pense à ces gens à qui j'ai confié des bouts de moi. A ces gens qui font des mauvais choix mais qui les font avec bonne foi. Je pense à ces gens à qui je suis liée par un cordon invisible dans le nombril. Je pense à ceux qui sont loin, ceux qui voyagent, ce qui vivent ailleurs. J'arrache des touffes d'herbe que je fais mourir entre mes ongles. C'est ma seule lâcheté. Ma seule faiblesse. Car j'ai le courage d'affirmer que je n'ai pas de secret. Rien que je ne puisse dire si on me le demande. Faut-il encore qu'on me le demande. Parce que si tu voulais mettre ma main dans la tienne je le ferais. Parce que si tu voulais mettre ma confiance au chaud sous ton manteau pourquoi pas. Je n'ai pas peur de donner. Je n'ai pas peur de la simplicité. Je n'ai pas peur des pieds qui glissent sur la roche, de mes bras engourdis par le froid, de la vapeur de mes narines et des mouettes qui tanguent à contre courant. Je n'ai pas peur. Je suis là. Entière. Prête à aimer. Prête à désirer. Je ne suis pas une fille-concept. Un fantasme. Une envie. Je suis réelle. Là. Les deux pieds dans la boue et la merde jusqu'au cou. Ma peau qui sent la terre, l'eau, le souffre. Je ne suis ni fugace ni mystérieuse. Je te regarde droit dans les yeux et murmure c'est dommage. C'est vraiment dommage tout ça. Et vos rêves érotiques ça me fait une belle jambe.

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21 octobre 2009

Carnet de voyage. (Pelling)

Je tremble. De tout mon être je tremble. J'ai l'impression de tout rater et à la fois d'être exactement là où je devrais être. Au milieu de ce fouillis de langues, de montagnes tortueuses et de mes amies. De ces amies-là. Que j'aime trop et pas assez à la fois. Que j'aimerais aimer mieux. Plus simplement. Plus intemporellement. J'aimerais que ce soit des amies pour la vie.
Le son pète tout à coup. Des gosses indiens jouent avec leur portable et une chaîne. De grosses basses et de l'anglais agressif. Mathilde a fini sa lettre pour sa grande tante de Stockholm. Ses yeux verts pâles et ses boucles d'or sur son t-shirt violet. Je suis heureuse d'être là, là à l'autre bout du monde. Avec l'envie de lâcher prise sans y parvenir vraiment. Mes soucis de Paris en pagaille accrochés à mes chaussures. Les garçons. Tous les garçons. Je fais écrire une chanson en hindi sur une carte postale. C'est la chanson que chante l'homme à la femme qui ne veut pas de lui dans les Bollywood. Elle dit non. Avec ses yeux qui brillent, ses cheveux épais et son sari de lumière, elle dit non. Et lui, beau, souriant, dansant, avec un travelling à 360°, les paumes ouvertes et sa chemise blanche sur sa peau brune, lui, il lui chante cette chanson. Alors forcément elle craque. Et avec un petit dodelinement de la tête de gauche à droite, elle dit oui. Ca semble facile la vie dans les Indian movies.
Et puis il y a la famille, ma non-envie d'écrire à ma mère alors que j'écris à des gens bien moins importants. Il y a Katia ce matin qui me regarde et me dit je sens qu'il y a un froid entre nous en ce moment. Mon sang qui ne fait qu'un tour. Mon souffle serré. La vie ça joue des tours. L'envie de la prendre dans mes bras et de lui dire combien je l'aime. Elle et sa sensibilité. Elle et son délicat parfum de fille. Sa tête bien remplie et son regard avisé sur le monde. Je la fixe avec ma bouche remplie de rien. Mes yeux plein de mon silence et de ces mots qui se puzzlent dans ma tête. Et qui me laissent là. Bête.

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15 octobre 2009

Elle dit:

Tu marches. Dans la nuit tu marches et tes pas sont plus avisés que le jour. Tu marches. Droit devant et la certitude des gens qui n'ont jamais froid accrochée à tes pieds. La beauté du décidé. L'aura de l'audacieux. Je t'envies. Tes pas s'enfoncent et se brûlent sur le parcours de mes seins, de mes hanches, de mon cou qui crie parfois tendresse. Je t'envie. Je regarde tes cils caresser les cimes du monde en silence. Ta bouche pâle. Mon souffle court. Tu tisses le temps avec de longues aiguilles à tricoter. Le rouge me ravie et je trempe parfois mes lèvres dans ton sang. Je te mange. Te dévore. J'engloutis l'engourdi qui te pèse. Te libère du poids des mots. L'envol léger, tu me remercies. Tu enfiles tes espadrilles de vent. Tu marches. Dans la nuit tu marches et tes pas sont plus avisés que le jour.

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14 octobre 2009

Il dit :

Coeur éventré. Pluie qui coule. Je m'arrête. Un instant juste un instant et le souvenir des choses du passé mêlées de tâches noires. L'infiniment grand entre mes dents. La pluie. Le vent. Et la sensation tendre d'être au confin du Monde sans y être vraiment. Accoucher de l'impensable indispensable. A deux mille deux cent mètres d'altitude. Avec des notions d'anglais et le sourire comme seul mot de passe. Le coeur enkysté. Gangrené. Purulant. Je regarde les autres s'aimer et je mens. La nuit me voile et me taraude, éternellement. Je me gave de l'étendue du temps. L'envie me parcourt. La jalousie aussi. Alors que si loin. Alors que si pauvres. Alors que. Nombrilisme lunaire. Je me penche au berceau du rien. La douceur du vent m'assiste. Je me perds. Toujours. Tout le temps. Je mords ma queue de serpent. La tête fourbe et le corps craquant. De longues marches plein la tête et la quête des amis qui ne me demandent rien. Apporter aux autres les mains vides. le cil battant, l'esprit à la chamade. Je tends mes paumes. Et je ferme les yeux. Deux gouttes perlent en sueur froide. Le gouffre s'élargit. L'odeur des pissenlits mangés par la racine. L'air vivifiant. Je m'accroupis. J'observe et j'attends... La douce morsure de ta bouche béante.

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24 septembre 2009

Souvenir.

La vie est pleine de surprises. Ses lèvres contre mes lèvres en est une. J'ai le coeur qui bout. J'ai le coeur qui bout. Je ne peux pas me retirer de l'esprit ses doigts qui courent sur mes bras, ses lèvres charnues, sa barbe douce, ses cheveux en pagaille et le tourbillon des choses autour de nous qui ne nous atteignent pas. Je ne peux pas oublier combien de temps j'ai désiré ce moment, combien de fois je me suis répété que ça n'arriverait pas. Le goût de sa peau sous ma langue, je ne l'imaginais même pas. Le souffle de son désir sur ma joue c'est mille fois mieux que n'importe quoi. Et la musique qui court partout autour de nous. Les gens rient. Les gens hurlent. Les gens sautent en hordes désordonnées. Et nos baisers si tendres. Et nos déhanchés si mal rythmés. Et ma tête qui bourdonnent. Les yeux fermés pour mieux voir. J'ai les yeux fermés et malgré ça je refuse de lire dans tes pensées. Je refuse d'y voir ton coeur de pierre, tes envies de rien, et ton silence mystérieux qui se calfeutre dans chaque reflet de ton regard. Je ne saurais rien. Je ne serais rien. Je replonge dans le goût de sa bouche, immanquablement, le coeur leste, et les pieds qui dansent. J'ai le coeur qui bout. La cervelle en miette. Le désir explosé, pulvérisé, atomisé. Nos doigts qui se frôlent. Le temps qui s'arrête. Miettes.

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29 août 2009

Silence.

Les mots me boudent. Les mots me manquent. Les mots me traitrent. Je n'ose plus. Je suis nostalgique du vert. Nostalgique des promenades dans Paris. Je suis contradictoire. J'écoute du rock, du blues, de la salsa, de la pop, du funk, de l'électro, du raggaeton, du jazz, du rap, de la soul. Je n'arrive pas à me décider. Il y a des choses que je voudrais dire mais que je tais. Je retiens mes mots. Je retiens mes envies. Je retiens.

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19 août 2009

Volée.

Tu es venue habiter au dessus de chez moi, tu lis les même bouquins que moi, on aspire au même métier, et tu viens tôt le matin dans mon café me commander des cafés calva que tu t'enfiles comme ça sans même y penser, et tu dis tu sais je vais déménager à Ménilmontant rue Villier de L'isle Adam alors que ce quartier me vibre sous la peau plus que jamais et que ça satine de souvenirs dans le drapé de mes pensés. La main de mon cousin dans la rue en allant chercher le pain. Le grand appartement clair de ma tante. Les jumeaux. Et le souvenir stupide de cette calculette-souris qui chantait la lettre à Elise. Billy le petit chien, une tâche noire sur l'oeil. Juliette qui fume à la fenêtre. La voix tellement rauque. Les idées tellement claires. C'est à moi tout ça. C'est à moi. Alors s'il te plaît lâche moi un peu. Arrête de tout me voler.

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18 août 2009

"a".

Je suis là. Le sourire aux lèvres et le désir impatient. Trépignant. La Nature qui s'étire à travers la fenêtre du train, les ruisseaux qui se chamaillent et le nom de villes que je ne saurais pas replacer sur une carte. J'ai hâte. De retrouver les cheveux frisés de Chloée. La guitare de Charly. Sarah et sa fantaisie. Et les champs à perte de raison. La forêt qui murmure. La maison en bois qui craque. Et les milliard d'échos et de résonances à une vie enfouie. Une vie simple. Une vie heureuse. Anna Karénine sur mes genoux, je suis là. Avec à l'intérieur de moi tous ces petits fils invisibles qui se tendent et se détendent. Me pressent. Me vite, vite. Sentir les odeurs de terre mouillée, de noisette, d'essence, de tendresse. Et les spectacles de marionnette tard le soir sur la scénette improvisée avec un drap. Les gens qui frappent dans leurs mains alors que la musique s'emballe. Les voix qui s'entremêlent en monosyllabe désordonnées. L'alcool. L'herbe. Les rires. Odilon, mon amoureux en mousse observe, timide puis alerte. Pour lui je dis "a" sur tous les ton. "A" pour dire "je t'aime". "A" pour dire qu'il est beau. "A" pour dire "bonjour". "A" pour dire "au revoir". "A" pour lui dire que j'ai très mal dormi sans lui, que je n'ai rêvé que de lui et que le matin je me suis réveillée extrêmement fatiguée et sans aucune envie de continuer à vivre. Et puis "a" dans mon esprit. Parce que les mots ne suffisent plus. La musique nous enveloppe tout à fait maintenant. Odilon tape du pied en rythme manipulé par Cholée qui tremble, les yeux brillant. Je suis là. Au milieu. Toute petite. Je chantonne. Je vis.

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17 août 2009

"Get misunderstood".

'Troublemakers' à fond dans la voiture. Les vitres grandes ouvertes et la vallée qui se défile sous nos pieds. Du vert. Du vert partout jusqu'à en avoir la tête qui tourne. L'air frais de la montagne. Et les nuages blancs qui chassent le bleu dans un tango infernal. Sarah et son gilet rouge qui regarde la vie en silence. Chloée dans le rétroviseur qui cherche une nouvelle fin à son film. Et Thomas, imperturbable au volant, autodidacte des heures perdues qui pense à ses parents qui ne sont que des rustres alors que lui ne jure que par Godard, Carné, Renoir ou Hoshima. Sa nuque dorée. Les doigts de Chloée qui tapotent sur le tableau de bord. Son sourire doux. Le mien étourdie. Ma main à travers la fenêtre qui caresse le vent. L'infinie étendue de l'air m'aspire les poumons et me glisse à l'oreille qu'ici est le paradis, et qu'il faut que je garde les yeux bien ouverts. Bien ouverts pour ne rien rater. Bien au vert. Pour ne rien gâcher. Il faudrait être fou pour provoquer l'avenir...

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