29 décembre 2009
Je file.
Je détruis tout. Je détruis tout de mes mains et si le jour vient à mes yeux je ne le reconnaît plus. Je file tout droit sur des allées d'argent et le vent me dessine des robes de passage. Le blanc me déshabille. Le noir m'observe. Et dans la nuit je cours pour ne plus voir ce que je fuis. Je construis et déconstruis. Je dis oui puis non. Je fume et je ris. Dans la nuit je ris mais tous les regards sont fixés sur mes genoux. Je porte des bas filés en toile d'araignée et une fourrure de lapin nain. Et je danse le tango parfois quand j'ai froid. Et je chante la voix cassée en insistant bien sur les consonnes. Souvent je prends un accent russe pour les faire rire et je disparais derrière le rideau en déchirant ma perruque blonde. Je détruis tout, jette un coup de rein dans l'armoire, balance un pied sur la table basse. Je démystifie les mythes de mes photographies de jeunesse. Kate Moss en lingerie devant une tapisserie... Tout cela n'a pas de sens. Les forêts perdent leurs feuilles et le chant des oiseaux se fait plus léger. La mousse verte gratte mes pieds de marin. Mon front se plisse. J'ai passé tant de jours à compter combien de septeal il faudrait pour tout soigner. Guerir. Je tresse mes cheveux d'innocence et je me répète que tout va bien se passer. Qu'il faut encore attendre un peu. Les cartes postales se sont perdues en chemin. Elles se perdent toujours en chemin.
08 décembre 2009
Les garçons.
Les garçons, j'adore. Leur odeur de chien mouillé. Leurs yeux noisettes. Et leur manière de te faire danser une main sur les hanches l'autre dans la nuque. Les garçons ça me rend folle, quand ça met un jean basique, une chemise blanche, que ça passe ses mains dans ses cheveux et que ça dit j'avais rien à mettre. J'aime leurs chevilles imberbes et leurs torses velus. J'aime le crunchcrunch de leur barbe quand ils passent leur main dedans. J'aime quand ils disent attends je vais te faire écouter la version de California Dreaming par Bobby Womack c'est une tuerie. Quand ça te fait du thé chaud à sept heure du mat' après une soirée et que ça demande tu connais Boy Friend à Gogo? Il fait des bootlegs dingues... Tu veux du Crunch? Un garçon c'est merveilleux quand ça laisse sa paume rugueuse jouer avec ta peau douce. Quand ça murmure tu me rends fou à l'oreille, là, très près. Les garçons c'est magique quand ça a un scooter pour la première fois et que ça roule des mécaniques et que ça s'achète des gants triple épaisseur et un casque ergonomique. C'est fabuleux. Et ça dit faut qu'on se boive un petit verre de rouge ensemble ça me manque. Et ça sourit quand tu fais des bêtises, que tu rigoles comme une fille bêtement ou quand t'as du rouge à lèvre sur les dents ou du persil coincé. Les garçons, ils me font battre le coeur à huit mille à l'heure avec leurs châteaux en Espagne et leur promesse de mazurka sur la plage de Deauville. Ils me font rire. Qu'est-ce qu'ils me font rire. Quand ils chantent faux sous la douche ou qu'ils enfilent leur caleçon à l'envers. Leur slip sur la tête. Ou quand ils sont là, une spatule à la main devant la poêle et qu'ils disent je fais quoi là? Un garçon c'est incroyable quand ça te serre contre son torse et que ça soupire de bonheur. Quand ça danse. Quand ça jouit. Quand ça pleure en disant je suis désolé qu'on en arrive là. Les garçons ils pourraient me faire faire n'importe quoi. Me faire aller n'importe où. Quand ils fument des gros nuages, qu'ils parlent de peinture ou qu'ils se lancent dans des calculs très compliqués. Les garçons c'est chouette quand c'est fier et que ça dit nan mais je ne peux rien faire si t'as pas un tournevis plat aussi... Et puis les garçons c'est beau. A en crever c'est beau. Avec leur nez et leur bouche. Leurs yeux et leurs oreilles. Leurs dents. Leurs doigts. Leurs pieds et leurs mollets. Leur ventre et leur sexe. Les garçons c'est beau. Tôt le matin le pli de l'oreiller sur la joue la musique à fond. Le réveil sonne depuis combien de temps là? Les garçons c'est beau. Quand ça te regarde droit dans les yeux, en silence, pendant une minute, sans respirer. Et j'adore leur manière de te faire croire que c'est toi qui les as dragué en premier. J'adore leur capacité à écouter la même chanson en boucle pendant des jours. J'adore quand ils disent allez on regarde Snatch alors qu'ils l'ont vu douze millions de fois et connaissent toutes les répliques par coeur. Et quand ils te préparent du cappuccino le matin alors que tu dors encore. Et quand ils t'envoient des sms avec écrit dans le désordre j'envie de ai voir te. Et quand ça remonte ses manches en les repliant soigneusement. Et quand ça a une belle voix rauque. Et quand ça rit en regardant ses basquettes après une mauvaise blague. Et quand ça commande un whisky coca pour faire viril. Et quand ça a des envies de tour du monde en camion. Et quand lit des bds dans leur bain. Et quand ça dit bouge pas la photo va être floue. Oui. Les garçons, j'adore.
25 novembre 2009
Mes amis et Tom Waits.
Le sol tremble. Mon coeur bat plus vite. Mes amis sont là. Tous mes amis. Celui qui me dit nan mais attends c'est la version originale de 1962 qu'ils passent là. Tout a été inventé dans les années soixante petite. Il y a celui qui me dit 'mecton' c'est génial comme mot, c'est comme 'surpat' ça vient de toi j'adore. Et moi je danse, je danse beaucoup, je danse mal, et je me dis que j'aimerais faire des clips avec des autruches comme Tom Waits pour God's away on business. Et j'offre des kinder surprise aux gens que j'aime. Même si t'es malade et que le chocolat nan vraiment là je ne vais pas pouvoir c'est gentil. Et je fais danser les filles pour changer. Et je fais tourner ma robe jaune. Ma robe blanche à pois. Ma robe rayée violet. Il claque du pied, remonte ses manches. Et j'ai beau crier je ne sais pas danser la salsa ça ne prend pas. Un pas puis deux puis trois, et hop, son bras qui glisse contre mon dos. Mes pieds qui vrillent. Mon sourire gêné. Et nos souvenirs du lycée. Et toi qui me regarde droit dans les yeux et me dis on est amis? Je souris. Car je n'ai que des amis pour la vie oui. Et je ris parce que je sais ce que j'ai envie de lui offrir pour Noël à celle que j'aime puissance mille mais pour qui je me plante toujours de cadeau. Alors qu'elle est incroyable comme amie. Comme celle, qui a toujours été la mère de sa mère et qui me raconte des histoires insensées... Et lui qui est loin et dont les pas sur le sable mouillé se sont peu à peu évaporés. Parce que si j'ai pas une carte postale je me dis à quoi bon faire tout ça. Mes joues creusées, les petits mots rigolos, les chansons et les yeux doux. A quoi bon si c'est même pas pour que tu me murmures les paroles d'Alice de Tom Waits debout sur ton lit avec plus d'alcool dans le sang que de bonne raison. A quoi bon. Ils passent de l'électro swing et nos pieds s'envolent du sol un instant. Juste assez pour voir ton sweet de cosmonaute téléscopé choisir le prochain cd. Tu me fais marrer. Et j'en aurais épousé pour moins que ça crois-moi. Peut-être même celui qui dit tu fais quoi là on se marie? Ou celle a qui j'envoie des photos d'ours par la poste avec écrit salut les amis et qui ne répond pas. Et il y a celles aussi que j'aime tellement mais je trouve tellement compliquées cette année. Et je ne veux pas d'amitié compliquée. Pour moi c'est grand, c'est vif, indestructible et ludique. Ludiquement indestructible. Je veux m'amuser. Au théâtre, j'ai envie de lancer des confettis, de balancer de la terre sur mes partenaires de scène et de m'asperger d'eau quand mon personnage ne comprend pas ce qui lui arrive. Et toi tu débarques de nul part avec tes gros bras, tu me raptes du sol, et j'ai beau crier et me débattre, de toutes mes forces, tu es le plus fort. Et tu cris la gloire d'Horace quand je crache la colère de Camille. Et je pleure tellement qu'on dirait que je ris. Et je me fous du regard des autres parce que ta douceur est fantastique et ta patience incroyable. Et que j'ai besoin de douceur. J'ai besoin de la douceur de mes amis. Tous mes amis. Celle qui me dit je te kiffe grosse et celui qui me dit promets-moi qu'on ne se quittera plus.
24 novembre 2009
Maman.
Maman, les jours ont passé comme a leur habitude et je ne suis toujours pas sûre de comprendre. La rumeur adolescente grouille en moi et je me perds dans les souvenirs mêlés de sable fin. Les vrais. Et ceux inventés. Je ne sais plus démêler mon passé de mes fantasmes, ma vie vécue de ma vie rêvée. Je sais qu'il y a des choses que j'ai oublié. Volontairement oublié. Ou du moins il me semble. Le flou me gratte, le flou me ronge. Ecorce croûtée à gratter, je veux changer. Grandir. Devenir adulte. Créer et savoir pourquoi je crée. Pourquoi je crée ?
Maman, tu m'as dit l'Art c'est bien mais tu ne m'as pas expliqué pourquoi. Et me l'as-tu vraiment dit... Je ne me souviens pas. Je ne me souviens plus... Souvent je fais semblant d'écrire en étant une autre personne. Je biaise. Je faible. J'utilise des mots qui sont mes mots, des sentiments qui sont mes sentiments et je ne les assume pas. Je montre tout en étant cachée. Et puis je me planque derrière le rire. J'ai peur d'être ce que je suis. Seulement. Simplement. Alors je ris. Et je fais rire. Je biaise. Je faible. Encore. Et mettre des habits me construit finalement. Me personnage. Me jeux de rôle. Je fais semblant de parler de moi à la troisième personne. Drapée de couleurs bariolées. Au fond, j'ai peur d'être triste. Au fond. Bien au fond. Derrière les couches de terre, d'épiderme et de souvenirs. J'ai peur d'être triste. De mal cacher mes faiblesses, mes secrets, mes doutes, mes fêlures, mes peurs... Toutes ces choses qui me rendent humaine. J'ai peur d'être humaine. Juste humaine. Simple. Banale. Facultative. Je voudrais être indispensable pour ne jamais être abandonnée. Laissée de côté. Mise à l'écart. Je voudrais tout vivre, en même temps. Être ici et ailleurs. Exister au même moment que les gens, tous les gens. Je ne veux pas être loin des yeux loin du coeur. Je ne veux pas, et pourtant.
Maman, tu m'as dit l'Amour c'est ce qu'il y a de plus beau mais tu ne m'as pas expliqué pourquoi. Tout a toujours été compliqué. Je t'ai vu taper ta tête contre les murs, ronger les hommes jusqu'au fantôme. J'ai perdu l'innocence. Il y a longtemps que je l'ai perdu. Il y a donc le premier amour, dégouli affreux de bonheur et d'erreurs. Peut-être nos plus belles années. Mais voilà. On tombe une fois amoureux et puis le reste du temps on fait semblant. On biaise. On faible. On se trompe souvent. On perd son temps?
Maman, les jours passent comme à leur habitude et je m'efforce de marquer le temps. Je note tout. Tout le temps. Je suis accro à la photo. Paranoïa polaroïd, je me vide. Je m'autoportrais. Pour ne pas m'effacer. Ne pas m'oublier. Ne pas disparaître comme tu le fais. Ne pas laisser aux autres que des petits ronds de papiers découpés sur les photos de famille au complet. Que des traces. Des indices. Des pistes. Je refuse d'être cachée au risque d'être perdue. Je veux savoir qui je suis. Me connaître. Etre un jeu fléché ne me fait pas rêver. Je préfère montrer trop que pas assez. Tout donner en brut et laisser trier. Mais qui est encore assez patient pour trier?
Maman, je ne t'aime pas mais j'aimerais comprendre pourquoi. Nous avons des souvenirs. Des bons comme des mauvais. Des goûts en commun. Pour les figues et les pivoines. Et je ne peux pas nier ton soucis de transmission du goût de l'Art même si je ne sais plus vraiment à quoi il tient. Je ne t'ai jamais vraiment détesté ni jamais adoré. L'indifférence c'est sûrement ce qu'il y a de plus cruel. Peut-être nous entendions-nous quand j'étais petite... Les souvenirs m'échappent. Me biaisent. Me faiblent. Oui, maman, les jours passent comme à leur habitude, et je me sens toujours aussi lâche. Et je déteste les lâches.
13 novembre 2009
Hamlet(te).
Etre. Ou pas. Je ne sais pas. Etre. Un peu beaucoup passionnément à la folie et le souvenir des choses du passé qui me rongent jusqu'à la moelle. Le clair obscur permanent de la lune jouant dans mes cheveux gais. La douceur du vent sur mes paumes ouvertes. Et ce crachat dans ma figure qui m'ordonne de ne plus feindre. Etre digne et passer pour lâche, ou être lâchement digne de mourir. Etre. Mourir. Choisir. Dormir. Dormir enfin...
03 novembre 2009
I'm your man.
Il roule sa clope dans l'ombre. Un rai de lumière lui balafre le visage. Le tabac sec. Les ongles gris. Elle le regarde. Les yeux verts et la tendresse des moments passés ensemble. Tous ces moments... La brise s'agite. Les vagues giflent les brises-lames. Le port est désert. Hiver rugueux dont personne ne veut. Il tire la langue, lèche le papier qui fond sous l'humidité. Elle regarde au loin. Bien plus loin. Assise, les bras autour de ses jambes, le menton sur les genoux, et des paquets de cheveux noirs dansant dans la nuit. La bougie de la lampe tempête. Le briquet qui claque. Il fume. Des images de rivages plein la tête. Il fume, et la vapeur de ses bouffées tisse des paysages dans sa tignasse à elle. Elle compte ses doigts. Gratte son jean. Il lui dit ain't no cure for love de sa voix rauque elle lui répond everybody knows. La pointe rouge de son brasier dessine un phare dans le noir. Elle le reconnaît. Baisse les yeux sur ses ongles rouges. Ecaille le vernis mal mis. Sourit. Le temps surpris s'arrête. Il fredonne la bouche fermé, le tabac dans les poumons. Elle se souvient: sa main sur sa main. L'alcool aidant. Quinze ans. Leurs pieds nus sur le lit. Ses paumes au creux de ses reins. Leurs nez l'un contre l'autre. Léonard Cohen à l'infini et ce slow ridicule. Il sourit lui aussi. If you want a lover I'll do anything you ask me to and if you want another kind of love I'll wear a mask for you. If you want a partner take my hand or if you want to strike me down in anger here I stand I'm your man.
28 octobre 2009
Décue.
La forêt. De longs arbres fins peints au couteau. Du vert très foncé, presque caca d'oie. Et puis ce chêne rouge moucheté d'or. La brume qui se détache de la terre un matin d'automne. Les arbres silencieux. Le sol qui craque. Mais toi. Toi tu as perdu la vraie valeur des choses. La sincérité. Le courage. La tendresse. Tu les as oublié. Notions abstraites démodées. La beauté d'un arbre ne t'émeut plus. L'apaisement du temps arrêté qu'est ce que c'est. Toi. Toi tu dis non ma copine je ne la tromperais jamais, mais tu ne cherches que ça. Tu attends. Et plus si affinité. Tu attends. Et tu te laisses embrasser. Déshabiller. Démystifier. Tu t'abandonnes dans les bras de l'inconnu, du secret, du mensonge. Tu mens. A tes amis tu mens. A ta famille tu mens. A ton amoureuse tu mens. Effrontément tu mens. Tu te persuades toi-même. Tu te biaises. T'emberlificotes. Et moi, j'ai envie de vomir. Je regarde les arbres et j'ai la nausée. Depuis deux jours j'ai la nausée. Je te revois avec les yeux doux de la promesse, avec l'honnêteté dans la voix, avec des points fermés au bout des phrases et des choses pour ne pas montrer que tu triches. Et moi je me saoule de bord de mer et de balade le long des vagues qui lèchent les falaises. Moi j'écarte mes doigts au bout de mes bras pour sentir le vent s'engouffrer à travers moi. Moi je dis des choses que je fais. Je mets des points quand je suis sûre. Je ne mens pas à mes amis. Je ne regarde pas droit dans les yeux en disant je te jure. Ou je ne dis rien. Et je pense à la jungle sauvage, aux paysages grattés à la craie. Je pense à ces gens à qui j'ai confié des bouts de moi. A ces gens qui font des mauvais choix mais qui les font avec bonne foi. Je pense à ces gens à qui je suis liée par un cordon invisible dans le nombril. Je pense à ceux qui sont loin, ceux qui voyagent, ce qui vivent ailleurs. J'arrache des touffes d'herbe que je fais mourir entre mes ongles. C'est ma seule lâcheté. Ma seule faiblesse. Car j'ai le courage d'affirmer que je n'ai pas de secret. Rien que je ne puisse dire si on me le demande. Faut-il encore qu'on me le demande. Parce que si tu voulais mettre ma main dans la tienne je le ferais. Parce que si tu voulais mettre ma confiance au chaud sous ton manteau pourquoi pas. Je n'ai pas peur de donner. Je n'ai pas peur de la simplicité. Je n'ai pas peur des pieds qui glissent sur la roche, de mes bras engourdis par le froid, de la vapeur de mes narines et des mouettes qui tanguent à contre courant. Je n'ai pas peur. Je suis là. Entière. Prête à aimer. Prête à désirer. Je ne suis pas une fille-concept. Un fantasme. Une envie. Je suis réelle. Là. Les deux pieds dans la boue et la merde jusqu'au cou. Ma peau qui sent la terre, l'eau, le souffre. Je ne suis ni fugace ni mystérieuse. Je te regarde droit dans les yeux et murmure c'est dommage. C'est vraiment dommage tout ça. Et vos rêves érotiques ça me fait une belle jambe.
21 octobre 2009
Carnet de voyage. (Pelling)
Je tremble. De tout mon être je tremble. J'ai l'impression de tout rater et à la fois d'être exactement là où je devrais être. Au milieu de ce fouillis de langues, de montagnes tortueuses et de mes amies. De ces amies-là. Que j'aime trop et pas assez à la fois. Que j'aimerais aimer mieux. Plus simplement. Plus intemporellement. J'aimerais que ce soit des amies pour la vie.
Le son pète tout à coup. Des gosses indiens jouent avec leur portable et une chaîne. De grosses basses et de l'anglais agressif. Mathilde a fini sa lettre pour sa grande tante de Stockholm. Ses yeux verts pâles et ses boucles d'or sur son t-shirt violet. Je suis heureuse d'être là, là à l'autre bout du monde. Avec l'envie de lâcher prise sans y parvenir vraiment. Mes soucis de Paris en pagaille accrochés à mes chaussures. Les garçons. Tous les garçons. Je fais écrire une chanson en hindi sur une carte postale. C'est la chanson que chante l'homme à la femme qui ne veut pas de lui dans les Bollywood. Elle dit non. Avec ses yeux qui brillent, ses cheveux épais et son sari de lumière, elle dit non. Et lui, beau, souriant, dansant, avec un travelling à 360°, les paumes ouvertes et sa chemise blanche sur sa peau brune, lui, il lui chante cette chanson. Alors forcément elle craque. Et avec un petit dodelinement de la tête de gauche à droite, elle dit oui. Ca semble facile la vie dans les Indian movies.
Et puis il y a la famille, ma non-envie d'écrire à ma mère alors que j'écris à des gens bien moins importants. Il y a Katia ce matin qui me regarde et me dit je sens qu'il y a un froid entre nous en ce moment. Mon sang qui ne fait qu'un tour. Mon souffle serré. La vie ça joue des tours. L'envie de la prendre dans mes bras et de lui dire combien je l'aime. Elle et sa sensibilité. Elle et son délicat parfum de fille. Sa tête bien remplie et son regard avisé sur le monde. Je la fixe avec ma bouche remplie de rien. Mes yeux plein de mon silence et de ces mots qui se puzzlent dans ma tête. Et qui me laissent là. Bête.
15 octobre 2009
Elle dit:
Tu marches. Dans la nuit tu marches et tes pas sont plus avisés que le jour. Tu marches. Droit devant et la certitude des gens qui n'ont jamais froid accrochée à tes pieds. La beauté du décidé. L'aura de l'audacieux. Je t'envies. Tes pas s'enfoncent et se brûlent sur le parcours de mes seins, de mes hanches, de mon cou qui crie parfois tendresse. Je t'envie. Je regarde tes cils caresser les cimes du monde en silence. Ta bouche pâle. Mon souffle court. Tu tisses le temps avec de longues aiguilles à tricoter. Le rouge me ravie et je trempe parfois mes lèvres dans ton sang. Je te mange. Te dévore. J'engloutis l'engourdi qui te pèse. Te libère du poids des mots. L'envol léger, tu me remercies. Tu enfiles tes espadrilles de vent. Tu marches. Dans la nuit tu marches et tes pas sont plus avisés que le jour.
14 octobre 2009
Il dit :
Coeur éventré. Pluie qui coule. Je m'arrête. Un instant juste un instant et le souvenir des choses du passé mêlées de tâches noires. L'infiniment grand entre mes dents. La pluie. Le vent. Et la sensation tendre d'être au confin du Monde sans y être vraiment. Accoucher de l'impensable indispensable. A deux mille deux cent mètres d'altitude. Avec des notions d'anglais et le sourire comme seul mot de passe. Le coeur enkysté. Gangrené. Purulant. Je regarde les autres s'aimer et je mens. La nuit me voile et me taraude, éternellement. Je me gave de l'étendue du temps. L'envie me parcourt. La jalousie aussi. Alors que si loin. Alors que si pauvres. Alors que. Nombrilisme lunaire. Je me penche au berceau du rien. La douceur du vent m'assiste. Je me perds. Toujours. Tout le temps. Je mords ma queue de serpent. La tête fourbe et le corps craquant. De longues marches plein la tête et la quête des amis qui ne me demandent rien. Apporter aux autres les mains vides. le cil battant, l'esprit à la chamade. Je tends mes paumes. Et je ferme les yeux. Deux gouttes perlent en sueur froide. Le gouffre s'élargit. L'odeur des pissenlits mangés par la racine. L'air vivifiant. Je m'accroupis. J'observe et j'attends... La douce morsure de ta bouche béante.